ENCORE UNE FOIS !

•19 novembre 2014 • Laisser un commentaire

S’il y a bien un client que je n’aime pas dans cet hôtel, c’est M. Bondeuil…

S’il est aussi malaimable ici qu’ailleurs, j’imagine qu’il n’a pas beaucoup d’amis, que sa famille (s’il en a une) le rejette et que ses collègues doivent le haïr franchement…

Pour faire court, car il n’y a vraiment pas de quoi s’appesantir sur ce genre de personnage,il ne dit jamais « Bonsoir » à son arrivée mais annonce juste « BONDEUIL ! » d’une façon ridiculement autoritaire en attendant sa clé. Il a une tête carrée de con avec une espèce de barbe noire toute aussi carrée et conne, de petits yeux de fouine et il ne sourit jamais.

Tous mes collègues pensent la même chose de ce pauvre homme qui dégage, volontairement semble-t-il, une antipathie extraordinaire.

Et bien ce con, déjà qu’il m’emmerde au plus haut point par sa seule présence, a trouvé malin, ce matin (5h20), de descendre à pas de loups par les escaliers pendant que j’écoutais (à burne) un petit classique des grandes heures de l’Euro-Trance des 90’s…


Notons bien qu’il est arrivé aux environs du délicat passage de 2’17 où la choriste monte en puissance dans la répétition suave et endiablée du titre magique de la chanson.

Quelque-peu gêné mais ne voulant pas couper de suite afin qu’il ne se méprenne pas sur la teneur du vidéo-clip et comprenne bien qu’il s’agisse de musique électronique, j’ai laissé une bonne dizaine de secondes supplémentaires en lui criant par dessus (un peu à sa manière quand il fait son check-in) : « Le petit dej n’est pas prêt ! ».

Il a répondu calmement qu’il prendrait juste un verre de jus d’orange. J’ai coupé le son. Il est revenu de la cuisine avec un peu plus qu’un demi-sourire et m’a lancé un « Bonne journée ! » presque enjoué…

On ne dira jamais assez de bien des charmantes mélodies de synthé des 90’s…

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Louise

•6 novembre 2014 • Laisser un commentaire

« J’vais vous poser la question même si ça fait très vulgaire… On est loin de Pigalle ? »

          Enfin un authentique fêtard noctambule… Il est 2h30 du matin, à peine rentré avec son collègue et fleurant bon la prune, aussitôt, il redescend tout seul pour aller aux putes ! Je venais juste de me caler dans le canapé pour un roupillon bien mérité mais je n’arrive pas à en vouloir à ce sympathique cinquantenaire grisonnant et grivois, très enjoué par ma réponse franche et amusée (« vous n’êtes pas très loin Monsieur »), il se roule une clope tout frétillant avant de se mettre en route…

Vaillant Veilleur, Pigalle, Louise

Le vice

             « – Rebonsoir ! Bon, il y a certainement une Louise qui va passer pour moi d’ici 20 minutes… Très acceptable !

             – Ça roule, je vous l’envoie ! »

            Rah, le con, déjà qu’il se déplace jusqu’à Pigalle à pied, il n’est même pas foutu de revenir directement accompagné ! Il peut pas faire comme tout le monde et se commander une « escort » sur le web ?

          Du coup, déjà 4h, je ne vais pas me recoucher, j’avale quelques viennoiseries industrielles toutes fraîches et déjà rassies qui viennent d’arriver, je me fume une clope, je prends un chewing-gum et, moi aussi, je décide d’attendre la très acceptable Louise pour voir de quel bois elle se chauffe !

Nous n'irons plus au bois, lali lali lala...

Nous n’irons plus au bois, lali lali lala…

            La dernière prostituée à être passée ainsi en fin de nuit, bien que cela fasse partie de son métier, était particulièrement charmante et m’avait certifié que j’étais « un amour » de lui dépanner un cigarette… Elle n’était malheureusement pas restée la fumer avec moi, semblant pressée de rejoindre son prochain client. J’étais un peu frustré que nous n’ayons pas plus tailler la bavette…  Oui, j’aime échanger avec mes camarades de nuit, faut se serrer les coudes et se chauffer le cœur entre prolos prestataires de service, merde !

            Comme chantait, si pris de son gros nez, ce cher Joe Dassin : « J’ai attendu, attendu, mais elle n’est jamais venue… », ce qui m’a un peu bousillé ma fin de nuit puisque je n’ai pu aller roupiller…

Précurseur de la cigarette électronique

Précurseur de la cigarette électronique

              Le lendemain soir, débutant mon service comme je pouvais, crevé de la nuit blanche de la veille, mon cher client cinquantenaire, accompagné de sa tout à fait charmante épouse qui l’avait rejoint entre temps (grande brune extrêmement bien conservée), me déposa les clés en partant dîner et me gratifia d’une gros clin d’œil appuyé afin que je ne commette pas d’impair…

            « Bonsoir Monsieur, Bonsoir Madame ! », lui ai-je répondu avec un grand sourire…

           Résultat ? Même pas un pourliche en scred… Travail ingrat ! Bientôt le chantage ?

Lundi 31 Décembre 2012

•28 janvier 2014 • Un commentaire

          Pour les deux derniers réveillons du nouvel an, malheureux hasard du calendrier, j’étais de service… Hôtel plein et touristes très exigeants de tous pays et qui rentreraient certainement complètement pétés au petit matin ! Rien d’alléchant donc, hormis la double paye, qui serait, de toute manière, dilapidée rapidement les jours suivants afin de rattraper mon retard sur cette fameuse nuit tant prisée des fêtards !

            C’était sans compter sur mes amis qui m’ont mis le pied à l’étrier pour ce qui allait être, finalement, deux de mes meilleurs réveillons…

Les joies de l'amitié

Des amis pour la vie

          Lundi 31 Décembre 2012, une bonne partie de ma clique déboule vers 21 heures avec moult champagnes et machins à grignoter. Nous nous installons autour d’une table dans la salle du bar, à l’abri des caméras de surveillance, et commençons sans retenue à trinquer bruyamment ! La réception n’étant pas à portée de vue, je tâche de garder une oreille disponible pour entendre les allées et venues des clients, entrants ou sortants, afin de récupérer leurs clés et répondre à leurs interrogations idiotes sur le meilleur endroit où beugler le fabuleux décompte…

          Un petit groupe n’a cependant pas besoin de mes conseils de Parisien moqueur… Trois jeunettes habillées de robes ultra-légères et vulgaires traversent le bar sur leurs très hauts talons et ma bande, déjà pas mal grisée, ne peut s’empêcher de ricaner hors cape. Je leur emboîte le pas, le regard vissé sur leurs petits culs ondulants et leur affirme qu’il est plus sûr de me laisser les clés… La Chef, une jolie blonde très pulpeuse et sure d’elle dépose son monstrueux décolleté sur la réception en m’expliquant qu’elles vont au Queen pour passer une nuit de folie ! Je les y encourage en riant mais appréhendent néanmoins leur retour éventuel accompagnées par de vilains zozos…

Let's go to the QUEEN !

Miroir, miroir, dis-nous qui est la plus bonne pour aller au QUEEN ce soir ?

          Vers 0h30, alors que l’alcool s’est bien écoulé et que la fête bat son plein de notre côté, les voilà qui reviennent complètement dépitées ! Je me précipite à la réception pour tâcher d’en savoir un peu plus…

          La Chef m’explique que c’est la faute du Boulet qui a oublié de prendre sa carte d’identité et que, du coup, elles se sont faites refouler comme des merdes ! Sa Seconde acquiesce et en rajoute sur le grave manquement du Boulet qui s’excuse pour la dixième fois et ne sait vraiment plus où se mettre…

        « Non mais vraiment Boulet, tu te rends compte ! On vient de Normandie avec ma caisse sans le dire à nos parents pour faire enfin une vraie fête sur Paris et toi, comme une conne, tu fais tout foirer ! »

Désolée les filles...

Désolée les filles…

          Je m’amuse pas mal de cette révélation et les encourage à y retourner avec la fameuse pièce d’identité indispensable pour entrer dans la caverne d’Lady Gaga mais, trop blasées et très énervées, elles préfèrent se retirer dans leur chambre…

          Mes amis, eux aussi, ne tardent pas à prendre le large, tous plus rôtis les uns que les autres, pour rejoindre d’autres fiestas… J’apprendrai le lendemain que seulement l’un d’entre eux aura continuer la biture jusqu’au petit matin, le restant ayant préféré ne pas succomber aux sirènes festives obligatoires et rentrer sagement dormir… Mes amis sont raisonnables.

          Me voilà donc seul et saoul, avec sur les bras un bon fond de vouvray et encore deux grandes bouteilles de Goudale non entamées… Moi qui m’étais promis de ne pas trop me la coller, je me résigne avec joie à continuer de tiser tranquillement au bar, sans oublier d’aller checker régulièrement la réception, clope sur l’oreille, pour souhaiter l’happy new year aux clients sur le retour !

happynewyear

          Mes amis barrés, le rez-de-chaussée devrait être parfaitement calme mais il règne un boucan du tonnerre dans la suite 3 places, attenante au bar, occupée par les petites Normandes. Faut croire qu’elles ont fait la paix et fêtent tout de même dignement leur réveillon Parisien ! À mesure que mon alcoolémie grimpe, mon désir d’aller les visiter également ! Mais le dilemme est fort, il reste pas mal de clients dehors et je ne peux décemment pas pénétrer dans une chambre, fusse-t-elle celle de trois jeunes femmes avinées et m’éloigner de la réception… Après un énième verre, je me décide enfin à aller frapper à leur porte pour tâter le terrain…

          Je baragouine un « Hey les filles ! » très approximatif qui confirme ma rôtisserie certaine auquel la Chef répond du tac-o-tac, en éteignant la musique et gueulant à sa Seconde et au Boulet de se taire :

           « – Désolé… On fait trop de bruit c’est ça ?! 

            – Non non, pas du tout… Mes amis sont partis et il me reste quelques bouteilles…  Je m’ennuie un peu et je vous entends faire la fête… Je voulais vous inviter à boire un verre au bar, si ça vous dit… »

          Un silence court et apparemment réfléchi suivi d’un « On arrive ! » tonitruant achève de me convaincre que le réveillon se passe décidément à merveille !

          Cinq minutes plus tard, les trois cocottes déboulent en pyjama, avec un gros cubi de rosé à peine entamé en insistant pour me payer des coups avec ce breuvage de barbecue d’été. J’ai toujours eu un faible pour le rosé et ne me fais donc pas prier. « Bonne année les filles ! »

Le secret des bonnes fêtes !

Cubi à traire

          Le mélange me monte à la tête tout comme la conversation, elles sont toutes surexcitées de sortir enfin de leur chambre mais il n’y a quasiment que la Chef qui l’ouvre…. Elles ont donc 18 ans, le Bac en poche depuis Juin dernier, adorent faire la fête mais se font gravement chier dans leur bled de Normandie… La Chef trouve aussi qu’il y a trop d’Arabes qui leur ont touché le cul dans le métro mais m’affirme, et Seconde confirme, qu’elle les a bien rembarré ! Ce n’est pas l’envie qui me manque de faire comme les Arabes du métro mais je tente une approche plus subtile en jouant le mec plus vieux qui en a beaucoup vu dans la vie… Approche qui ne prend absolument pas car je constate que le rentre-dedans que me fait la Chef, dès que j’y réponds sur le même ton, n’est en fait destiné qu’à épater ses copines…

          Je vide le cubi en écoutant leurs histoires de jeunes filles et leurs gentillettes engueulades. J’essaye même vaguement de creuser dans leurs petites vies et leurs conflits larvés, ayant compris que mon taux d’alcoolémie me disqualifie d’emblée d’une quelconque conquête pour ce soir…

          Je retins que la Chef était une allumeuse très ambitieuse qui comptait bien réussir sa vie, que sa Seconde était une coincée paumée totalement sous son emprise et que le Boulet était, en fait, la plus discrète, la plus maligne et celle qui serrait le plus de mecs en Normandie, ce qui rendait certainement très jalouses les deux autres.

Chef & sa Seconde ont le swag

La Chef & sa Seconde, Parisian Swag

          Lorsqu’elles prirent congés vers 5 heures, j’étais totalement déchiré mais j’assurais tout de même la sortie des poubelles et le retour des derniers clients. Deux heures plus tard, les femmes de chambre et mon collègue de jour s’amusèrent beaucoup de mon état mais m’assurèrent qu’ils n’en toucheraient mot aux autres employés ni à la direction…

          Un an plus tard, le passage de 2013 à 2014 se révéla bien moins alcoolisé mais beaucoup plus chaud… J’essaierai de vous le relater avant 2015…

À nous les p’tites Françaises !

•21 août 2013 • Laisser un commentaire

         Enfin un peu d’animation estivale ! Depuis mon retour de vacances, il y a trois semaines, rien de notable ne s’était produit à l’hôtel (cela fait quelques mois, en fait) et je suis fort marri d’avouer que je commençais sérieusement à me faire chier (cela fait quelques mois aussi, en fait) mais tout a changé ce matin, aux aurores, lorsqu’un groupe de quatre Londoniens issu de la foisonnante diaspora Pakistanaise a déboulé en trombe !

ہیلو پیرس

« – Hi mate ! Do you have rooms ?

– Yes, two twins…

– Yes man, ace ! »

          Ravis d’avoir enfin trouvé un vaillant veilleur compréhensif après avoir tourné deux heures en caisse, je suis devenu très facilement et tout naturellement leur super pote qui assure grave : Checks poing, clins d’œil complices et blagues sur ces biatchs de French chicks à gogo ! À peine déposer leurs bagages qu’ils redescendent illico pour attaquer le petit déjeuner ainsi que la plus (la seule ?) jolie femme de chambre.

           Ils sont jeunes, baraqués (y’en a même un de tatoué dans le cou) et ils sont là pour retourner Paris ! Bref, les douchesquetaires sont dans la maison !

Paris est magique !

          À mon retour, ce soir, mon collègue m’informe qu’ils ont payé cash pour quatre nuits, qu’ils sont très sympas, totalement surexcités et que la patronne flippe pas mal qu’ils foutent le bordel s’ils rentrent tard ! Elle ne devrait pas s’en faire, la direction devrait avoir bien plus confiance en ses employés, nous sommes, après tout et, depuis le temps (je parle pour moi en tout cas), d’authentiques professionnels de qualité.

          Ils déboulent dans la foulée et s’enquièrent de mes nouvelles, voulant savoir si j’ai bien dormi aujourd’hui, si je suis reposé… Je leur retourne la question, thumbs up ! Great mate ! Ils sont chauds patate pour pécho de la Frenchy en teboî donc je leur conseille Grands Boulevards qui n’est pas trop loin et plutôt un bon vivier pour, mais aussi, à touristes. Ils n’oublient pas, en partant, juste devant l’hôtel, de draguer ostensiblement la plus classe des clientes habituées et elle semble plutôt flattée puisqu’elle pose avec eux sur une photo souvenir, BLIMEY !

L'élégance British

L’élégance British

          Je me voyais déjà parti pour une longue nuit à attendre mon sur-confiant Pakicrew et les birds qu’ils avaient juré de soulever (dont une pour moi, ils avaient insisté) mais ils sont rentrés deux heures plus tard, la queue entre les jambes et du Quick plein les bras, s’étant perdu comme les touristes qu’ils sont en cherchant une inexistante place où se garer entre le Corcoran’s, le Bizen, le O’Sullivans et le Rex…

Quick, l'exception culinaire Française

L’exception culinaire Française : Quick

« – Do you know the Café OZ ?

– Yep fellas, do you want to go after eating ?

– Nope, we’re tired, we gonna have a bash tomorow ! Yo wanna some burgers ?

– No, it’s allwright, thanks…

– Let’s have a coke then ! »

          Il est à peine une heure du matin et je suis le dernier debout, à boire un maxi-Coca dégueulasse sans même pouvoir y ajouter un peu de whisky puisqu’aucune bouteille du bar n’est entamée…

          Vous croyiez vous aussi que les Londoniens étaient les rois de la fête ? Nous verrons ça demain…

Routine nocturne

•4 juin 2013 • Laisser un commentaire

Du début de soirée jusqu’au petit matin,
Douze heures d’affilée à la réception,
Dans un charmant hôtel du nord-ouest parisien,
Je suis veilleur de nuit, une vraie vocation !

Le métier est très simple et bien peu contraignant :
J’assure les départs, aussi les arrivées,
Je distribue leurs clés à de nombreux clients
Qui sont pour la plupart de gentils habitués.

La routine nocturne n’est pas déplaisante,
Mais quand la solitude s’avère pesante
Au point de rechigner aux livres et aux films…

Je déambule alors en fantôme abruti,
À travers les étages, cherchant la sortie
Qui se cache
toujours au bout du bout des rimes.

Image

Privé de sommeil

•1 avril 2013 • 2 commentaires

         Cela fait un bail que je ne vous ai pas rapporté mes folles aventures nocturnes… Cet hiver long et rigoureux m’a engourdi les doigts et l’esprit… Il s’en est passé des choses, pourtant, ces derniers mois, devant, derrière et dans les recoins pas toujours très nets de la réception…

          En vrac et pour vous donner l’eau à la bouche, quelques événements notables qui feront peut-être l’objet de prochaines chroniques à rebours :

  1. Nouvel an au cubi de rosé avec des clientes Normandes toutes juste majeures, montées sur Paris pour faire des folies.
  2. Passage de l’établissement en 4 étoiles grâce, notamment, à mon accueil irréprochable du client mystère.
  3. Clientes d’Europe de l’Est au top niveau, champagne, French Touch & French Kiss.
  4. Grand retour du clodac mythomane.

    Gaspi d'inspi

    Gaspi d’inspi

            Cette nuit, malheureusement et fort contraint par la situation, j’ai tout le loisir de vous narrer ma présente mésaventure : Un homme dort dans le salon, allongé de tout son long sur mon canapé fétiche, il a enlevé ses pompes, s’est mis parfaitement à l’aise à la place exacte où j’ai l’habitude de recharger mes batteries… Ce connard ronfle à ma place, je suis crevé, je le déteste.

          Il a déboulé sur les coups de 22H, avec une réservation prise et confirmée le jour-même par une agence de voyages. Cependant, son nom ne figure pas dans la liste des arrivées. Cela arrive de temps à autre, plutôt rarement : Un oubli des collègues de jour, un cafouillage du client dans ses dates, un e-mail ou un fax égaré… Bref, en général, rien d’expressément dommageable puisque nous sommes rarement complets. Il fallait que cela tombe sur moi, cette nuit, la troisième de la semaine (la dernière), l’amorce tant attendue du week-end de quatre jours !

          Je vérifie de suite les mails reçus dans la journée, surtout ceux envoyés par la fameuse agence, aucun d’entre eux ne mentionne de réservation au nom de ce pauvre bougre. Un nom plein de « Kar » et de « Khan », imprononçable et difficile à écrire même lorsqu’il me l’épelle. Malgré un drôle d’accent oriental peu compréhensible, je crois deviner, à son attitude exigeante et puisqu’il se débrouille bien mieux que moi en Anglais, qu’il provient des Etats-Unis… De lui-même et afin d’y voir plus clair dans ce merdier, il décide de se rendre au premier hôtel prévu par l’agence dans sa réservation. Je lui appelle un taxi, ravi de me débarrasser de ce boulet en surbooking.

BARRE-TOI ! GET OUT !

BARRE-TOI !
GET OUT !

Vingt minutes plus tard, coup de téléphone et coup de théâtre en direct du-dit hôtel :

 « – Désolé Monsieur, mais la réservation d’AGODA (citons ces cons d’incompétents) stipule bien qu’il est booké chez vous…

– J’entends bien Madame, mais aucune trace de cette réservation par mail ou fax chez nous de la part d’AGODA, aucune demande, aucune confirmation, rien, et je suis complet…

– Nous aussi, et puis, il arrive, il me fait un esclandre !

– Ça n’était pas le but, je ne vous l’ai pas envoyé, il est parti tout seul pour se renseigner… Vous ne connaîtriez pas un hôtel proche du votre où il y a de la place ?

– Là, c’est la merde pour tout le monde… Il est reparti vous voir, j’espère que vous lui trouverez une solution… »

La merde pour tout le grand monde de l’hôtellerie Parisienne, en effet, en pleine semaine de congrès syndicaux et salons en tout genre, sans oublier le foot au Stade de France, on peut le dire sans malice aucune, Paris est plein.

          Je calme d’emblée KAKA KANH à son « YOU HAVE A ROOM FOR ME ?! » très agressif de retour en lui expliquant que les seuls fautifs, dans cette affaire, sont bien AGODA et qu’il ferait mieux de garder ses griefs pour eux. Qu’en attendant, étant bien gentil et soucieux de mon prochain, j’allais tout faire pour lui dégoter une chambre dans le coin.

MON CUL !

MON CUL !

           Après plus d’une heure de coup de fil et une bonne cinquantaine de collègues veilleurs me répondant par la négative, de Paris intra-muros à la grande banlieue Nord proche de l’Aéroport Charles de Gaulle, le même pas client est résigné autant que moi et me demande si, au moins, il peut se reposer un peu sur le canapé jusqu’à demain matin… J’accepte à contre-cœur car je ne dormirai pas de la nuit mais je ne peux décemment pas le foutre à la porte.

          À 5h du matin, comme nous l’avions convenu, je tente de le réveiller par des « Sir ! » de plus en plus sonores mais ses ronflements couvrent le tout. J’appuie dix secondes sur la sonnette d’entrée qui hurle à la façon d’une alarme incendie mais rien n’y fait, le type écrase dur. Pas d’autre choix que de lui secouer l’épaule assez fortement jusqu’à son réveil… Délirant, ne sachant plus vraiment où il doit être, le visage déformé par la peur, il envoie valser la veste qui le recouvre et manque de m’attraper le bras dans un mouvement d’auto-défense musclé… Juste eu le temps de bondir en arrière en lui gueulant, tâchant d’être rassurant mais loin d’être rassuré : « It’s me ! It’s me sir ! Calm down ! ».

Vaillant Veilleur, privé de sommeil, auto-défense

Pas du matin

            Avant de prendre son taxi, il m’assurera, extrêmement remonté, qu’AGODA sont des voleurs puisqu’ils lui ont, apparemment, déjà débité sa CB… Que les responsables de ces pratiques malhonnêtes méritent la prison, qu’il vit dans la Silicon Valley et que, du coup (vous m’expliquerez le rapport), il n’allait pas en rester là !

          J’achève ma BA en lui proposant un café et quelques viennoiseries, il me répond, bien que je lui ai permis de ronfler pendant 6 heures, sans un sourire et visiblement à bout de nerfs : « No, I just want to leave ». Ça tombe bien, moi aussi.

Obama a gagné ?

•7 novembre 2012 • Laisser un commentaire

«  – Obama a gagné ?

– Heu… Je n’en sais rien…

– Non, je vous le dis, Obama a gagné !

– Ah…

– Il n’y a pas que des mauvaises nouvelles ! »

Tu peux changer la déco chérie, on reste à la Maison Blanche !

          Voilà comment M. Plucha, un des nombreux commerciaux habitués, achève de me sortir du coltard en dévorant son petit déjeuner. Il est drôlement matinal aujourd’hui, il est à peine 6h30 et je termine difficilement d’installer le buffet… À croire qu’il a veillé toute la nuit ou qu’il s’est levé exprès pour s’enquérir du résultat de l’élection la plus populaire du monde Occidental. Il affiche un grand sourire et dégage un rayonnement et une confiance inhabituelle. Merde, incroyable, il est de bonne humeur ! D’habitude très discret et très peu charismatique, il tire toujours une gueule d’enterrement… Moi qui croyait bêtement que l’Obamania made in France n’était qu’une mode créée et destinée à mourir dans un même élan vide de sens politique, il y a cinq ans de ça ; j’ai presque envie de pleurer…

Yes We Can sell everything…

          Déjà, hier soir, Madame Foncerey m’a fait le coup en tachant de m’expliquer en quoi le suffrage US pouvait et allait changer beaucoup de choses, « sur les guerres notamment ». Je restais dubitatif et répondais poliment, appuyé par quelques sympathiques sarcasmes de son collègue Sudiste (de France), que, bien évidemment et « sur les guerres surtout », cette élection ne changerait rien. Qu’un Président Américain, peu importe qu’il soit Républicain ou Démocrate, qu’il promette ou non de ramener les GI’s au bercail, ce n’est jamais lui qui décide, au final, de la politique militaire pour son pays et ses zélés et pitoyables alliés, dont nous sommes, malheureusement…

Morts pour les States !

          C’est la fiesta aussi pour les femmes de chambre, solidarité ethnique oblige : « Il a écrit son histoire ! », « Vive Obama ! », « Il porte la souffrance du Monde sur ses épaules », « Tuer Ben Laden, déjà, il fallait le faire ! (sic) » etc…

Si elles savaient, les pauvres, que leur cher frère de couleur n’est que l’alibi Benetton des appétits Amerloques grandissants et de la nouvelle politique de colonisation de l’Afrique… Que sous cette gueule d’ange un peu benêt aux oreilles décollées se cache, au mieux, un triste pantin pré-fabriqué et opportuniste qui fait, très bien et avec le sourire, où on lui dit de faire ; au pire, un des plus dangereux idéologue fanatique abreuvé de la théorie pour le moins belliqueuse de son maître à penser Brzezinski.

Si elles savaient tout ceci, peut-être le verraient-elles d’un mauvais œil, le beau Barack (sa femme n’a jamais résorbé son strabisme), à moins que, je ne le crains, la propagande grossière pour l’American Way Of Life soit si efficace que tous les citoyens du mondemiséreux ou en passe de le devenir, n’aspirent plus qu’à parfaire leur soumission économique, politique et culturelle à la mondialisation forcée menée par l’Oncle Sam.

All in together now !

         Je ne sais pas s’il faut reconnaitre aux médias d’opinion une certaine virtuosité dans l’art du détournement d’attention ou si les moyens colossaux dont ils disposent les confèrent déjà vainqueurs bien en amont, mais, aujourd’hui, dans notre beau pays, la majorité semble plus concernée par les élections outre-Atlantique que par l’injuste et inutile austérité imposée par l’UE, le chômage grandissant ou les multiples scandales financiers et moraux impliquant nos dirigeants. Peut-être bien parce que ces derniers, justement, ne dirigent plus rien, ou bien peut-être car nous ne sommes plus qu’une province du grand empire décadent Américain. Peut-être car, comme l’a lucidement fait remarquer Marie-France Garaud dernièrement, nous ne possédons plus rien de ce qui fait une nation, tout simplement…