Privé de sommeil

         Cela fait un bail que je ne vous ai pas rapporté mes folles aventures nocturnes… Cet hiver long et rigoureux m’a engourdi les doigts et l’esprit… Il s’en est passé des choses, pourtant, ces derniers mois, devant, derrière et dans les recoins pas toujours très nets de la réception…

          En vrac et pour vous donner l’eau à la bouche, quelques événements notables qui feront peut-être l’objet de prochaines chroniques à rebours :

  1. Nouvel an au cubi de rosé avec des clientes Normandes toutes juste majeures, montées sur Paris pour faire des folies.
  2. Passage de l’établissement en 4 étoiles grâce, notamment, à mon accueil irréprochable du client mystère.
  3. Clientes d’Europe de l’Est au top niveau, champagne, French Touch & French Kiss.
  4. Grand retour du clodac mythomane.

    Gaspi d'inspi

    Gaspi d’inspi

            Cette nuit, malheureusement et fort contraint par la situation, j’ai tout le loisir de vous narrer ma présente mésaventure : Un homme dort dans le salon, allongé de tout son long sur mon canapé fétiche, il a enlevé ses pompes, s’est mis parfaitement à l’aise à la place exacte où j’ai l’habitude de recharger mes batteries… Ce connard ronfle à ma place, je suis crevé, je le déteste.

          Il a déboulé sur les coups de 22H, avec une réservation prise et confirmée le jour-même par une agence de voyages. Cependant, son nom ne figure pas dans la liste des arrivées. Cela arrive de temps à autre, plutôt rarement : Un oubli des collègues de jour, un cafouillage du client dans ses dates, un e-mail ou un fax égaré… Bref, en général, rien d’expressément dommageable puisque nous sommes rarement complets. Il fallait que cela tombe sur moi, cette nuit, la troisième de la semaine (la dernière), l’amorce tant attendue du week-end de quatre jours !

          Je vérifie de suite les mails reçus dans la journée, surtout ceux envoyés par la fameuse agence, aucun d’entre eux ne mentionne de réservation au nom de ce pauvre bougre. Un nom plein de « Kar » et de « Khan », imprononçable et difficile à écrire même lorsqu’il me l’épelle. Malgré un drôle d’accent oriental peu compréhensible, je crois deviner, à son attitude exigeante et puisqu’il se débrouille bien mieux que moi en Anglais, qu’il provient des Etats-Unis… De lui-même et afin d’y voir plus clair dans ce merdier, il décide de se rendre au premier hôtel prévu par l’agence dans sa réservation. Je lui appelle un taxi, ravi de me débarrasser de ce boulet en surbooking.

BARRE-TOI ! GET OUT !

BARRE-TOI !
GET OUT !

Vingt minutes plus tard, coup de téléphone et coup de théâtre en direct du-dit hôtel :

 « – Désolé Monsieur, mais la réservation d’AGODA (citons ces cons d’incompétents) stipule bien qu’il est booké chez vous…

– J’entends bien Madame, mais aucune trace de cette réservation par mail ou fax chez nous de la part d’AGODA, aucune demande, aucune confirmation, rien, et je suis complet…

– Nous aussi, et puis, il arrive, il me fait un esclandre !

– Ça n’était pas le but, je ne vous l’ai pas envoyé, il est parti tout seul pour se renseigner… Vous ne connaîtriez pas un hôtel proche du votre où il y a de la place ?

– Là, c’est la merde pour tout le monde… Il est reparti vous voir, j’espère que vous lui trouverez une solution… »

La merde pour tout le grand monde de l’hôtellerie Parisienne, en effet, en pleine semaine de congrès syndicaux et salons en tout genre, sans oublier le foot au Stade de France, on peut le dire sans malice aucune, Paris est plein.

          Je calme d’emblée KAKA KANH à son « YOU HAVE A ROOM FOR ME ?! » très agressif de retour en lui expliquant que les seuls fautifs, dans cette affaire, sont bien AGODA et qu’il ferait mieux de garder ses griefs pour eux. Qu’en attendant, étant bien gentil et soucieux de mon prochain, j’allais tout faire pour lui dégoter une chambre dans le coin.

MON CUL !

MON CUL !

           Après plus d’une heure de coup de fil et une bonne cinquantaine de collègues veilleurs me répondant par la négative, de Paris intra-muros à la grande banlieue Nord proche de l’Aéroport Charles de Gaulle, le même pas client est résigné autant que moi et me demande si, au moins, il peut se reposer un peu sur le canapé jusqu’à demain matin… J’accepte à contre-cœur car je ne dormirai pas de la nuit mais je ne peux décemment pas le foutre à la porte.

          À 5h du matin, comme nous l’avions convenu, je tente de le réveiller par des « Sir ! » de plus en plus sonores mais ses ronflements couvrent le tout. J’appuie dix secondes sur la sonnette d’entrée qui hurle à la façon d’une alarme incendie mais rien n’y fait, le type écrase dur. Pas d’autre choix que de lui secouer l’épaule assez fortement jusqu’à son réveil… Délirant, ne sachant plus vraiment où il doit être, le visage déformé par la peur, il envoie valser la veste qui le recouvre et manque de m’attraper le bras dans un mouvement d’auto-défense musclé… Juste eu le temps de bondir en arrière en lui gueulant, tâchant d’être rassurant mais loin d’être rassuré : « It’s me ! It’s me sir ! Calm down ! ».

Vaillant Veilleur, privé de sommeil, auto-défense

Pas du matin

            Avant de prendre son taxi, il m’assurera, extrêmement remonté, qu’AGODA sont des voleurs puisqu’ils lui ont, apparemment, déjà débité sa CB… Que les responsables de ces pratiques malhonnêtes méritent la prison, qu’il vit dans la Silicon Valley et que, du coup (vous m’expliquerez le rapport), il n’allait pas en rester là !

          J’achève ma BA en lui proposant un café et quelques viennoiseries, il me répond, bien que je lui ai permis de ronfler pendant 6 heures, sans un sourire et visiblement à bout de nerfs : « No, I just want to leave ». Ça tombe bien, moi aussi.

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~ par vaillantveilleur sur 1 avril 2013.

2 Réponses to “Privé de sommeil”

  1. vu la date … c’est un poisson ?

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