Lucky business plan

•6 septembre 2012 • Laisser un commentaire

             « J’peux vous retaxer une petite clope s’il vous plaît ? »

           J’ai de quoi faire donc j’acquiesce. Je suis plutôt généreux avec les cigarettes, du moment que le demandeur est poli et que mon paquet est plus rempli que vide. Si la tendance s’inverse, qu’on me réclame la blonde sans y mettre les formes ou bien que j’ai l’éthylisme avancé, les mendiants peuvent toujours crever l’haleine fraîche. À l’hôtel, vous pensez, un des seuls endroits où j’ai l’obligation de me tenir, j’en ai un paquet dans mon paquet car je ne bois pas une goutte et, du coup, ne fume presque pas.

Lucky / Unlucky

         Les clients réguliers accros à la nicotine ne sont d’ailleurs qu’une poignée à tirer sur la tige d’après dîner. Bien moins encore à consumer celle d’avant sommeil… On peut le dire, la propagande anti tabac de cette dernière décennie a fait un carton sur les actifs de plus de quarante ans. Quelques cancers et infarctus dans leur entourage direct ont également du leur titiller les neurones et leur affoler le palpitant !

Charmante fumeuse

         Depuis le début de semaine, pourtant, certains employés d’une grosse boite internationale en consulting, quand ils rentrent, à me voir cloper nonchalamment devant l’hôtel, charismatique tel Lucky Luke pré-censuré et, apparemment, impactant tel le Cow-boy Marloboro sans Marlboro (je fume des Lucky marrons), n’ont pu s’empêcher de renouer avec leurs vieux goudrons. Il y en a un de leur équipe qui m’avait taxé deux ou trois clopes depuis mon retour de vacances, il y a un mois et demi, ils ont du se passer le mot…

Nouvelle méthode infaillible pour arrêter le tabac

           Deux, tout d’abord, ont attaqué Lundi soir avec grande classe et déférence, je dois l’admettre, puisque celui dont c’est l’idée à insister pour me filer deux euros, j’ai bien dit deux euros, en échange de deux pauvres clopes ! Quand ils sont revenus m’en taxer deux autres en voulant me refiler la même somme, j’ai refusé avec force en rétorquant qu’un euro supplémentaire suffirait largement. J’ai quelques scrupules à escroquer les honnêtes gens…

       « Je me débarrasse de mes petites pièces ! » a-t-il lancé goguenard ! Je lui ai répondu qu’avec une telle perception de la petite monnaie, il ne fallait pas se gêner pour m’en donner plus !

Petite pièce

         Pour vous les situer, comme leurs autres collègues, ils ont entre 35 et 45 ans, dynamiques, touchent de larges salaires, rentrent très tard et se lèvent très tôt. Parfois même, ils se réunissent dans le petit salon pour bosser encore jusqu’à 3 heures du matin… De vrais employés modèles et modernes !

       La même nuit, un autre binôme, après avoir croisé le précédent, m’ont également gentiment demandé de les dépanner. J’ai arrêté l’un d’entre eux qui mettait la main à la poche en jugeant que leur collègue, de par sa générosité, avait, de fait, payer sa tournée de bouffées pour la soirée.

           3 : 6 = 0,5… Soit un bénéfice net de 21 centimes pour une Lucky. C’est pas grand chose mais pour six clopes, ça me paye les croissants au retour…

Les pauvres agressent les boulangères

           Malheureusement, la nuit dernière, et je commençais mon fabuleux récit par là, les mêmes cadres bien lotis m’ont à nouveau taxer deux cigarettes… Le premier s’est excusé immédiatement de n’avoir pas de petites pièces ce coup-ci et, le second, rebelote (c’est son collègue Américain qui avait mis la main à la poche), n’a même pas proposé de dédommagement.

            Sur la semaine, cela fait donc descendre mon bénéfice net à 8 centimes par cigarette ! Si on compte en plus les quelques-unes que j’ai assuré ce dernier mois, j’y perds même 1 centime !

           Faut pas déconner, je les ai prévenu, après trois ans à me creuser la tête, j’entrevois enfin une activité d’appoint très lucrative à faire sur place en me tournant les pouces. En espérant qu’ils aient plus de charge de travail, que leur stress augmente fortement et qu’ils n’aient pas le temps de passer chez le buraliste durant la journée… À partir de la semaine prochaine, plus de pitié, ce sera 10 euros le paquet.

Un ancien fumeur rattrape le temps perdu

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Nouvelles révélations retentissantes !

•29 mai 2012 • Un commentaire

           « Ha ! Vaillant Veilleur ! Excuse-moi ! Mon pantalon a encore craqué, putain ! »

           Mon pote le mytho refait une entrée fracassante à peine deux heures après m’avoir laissé, il doit tellement s’ennuyer à déambuler dans les rues… Je sens qu’il ne va pas tarder à me contaminer.

Décidément, c’est pas de bol !

          Après avoir réagrafer son falzar et m’affirmer fièrement qu’il irait s’en acheter un nouveau dès demain, sa curiosité pour le pédigrée des hommes d’État le reprend, back on Wiki ! Je pose de nouveau mon netbook sur le comptoir de la réception et le laisse faire ses recherches… À gauche toute ! Emmanuel Walles, Boscovissi, Julien Dré, tu m’étonnes qu’il ne trouve rien… Je l’aide une fois de plus pour l’orthographe et la navigation. Je ne laisse jamais un compagnon assoiffé de savoir dans les affres de l’ignorance ! Lui, toujours très passionné, lit, m’écoute et prend des notes…

            « Ça va pas tout ça ! Faut changer l’Intérieur et le Budget ! »

       Il sort de sa poche une lettre dactylographiée quelque-peu froissée adressée à Mr le Président dotée d’une introduction sommaire expliquant son souci de le conseiller pour la création du futur gouvernement. S’en suit une liste des différents ministères majeurs connus avec un nom proposé pour chaque ! Sur sa demande, je lui file du tipp-ex afin qu’il corrige certains d’entre eux, il est extrêmement sérieux. Je le refroidis quant à l’éventuelle utilisation du PC et de l’imprimante de la réception. « Tant pis, c’est du provisoire, ça le fait pas trop les ratures pour l’Élysée ! », il passera donc au taxiphone à la première heure.

Changez-moi ce merdier !

          Il prend en note la date, le lieu et l’horaire de la prochaine conférence de presse du Parti Socialiste (l’avant-veille de l’annonce du futur Gouvernement, sûr qu’il s’y prend à temps), il pourra s’y introduire car il possède une carte de presse et y donner sa précieuse lettre en main propre. De toute manière, Hollande, il connait toute sa famille !

        Avant qu’il ne me quitte, je lui fais gentiment remarquer qu’ils doivent être extrêmement nombreux, les fins analystes doués d’une telle expérience dans le domaine politique, à vouloir se rapprocher du nouveau Président afin de jouer les hommes de l’ombre… À peine déstabilisé, il me répond après un infime flottement à l’aide d’un clin d’œil doublé d’un index pointé sur sa poitrine : « Ils sont nombreux, mais bon, hé hé, voila quoi, faut connaître le truc !».

Je connais mon job petit !

       Quelques élucubrations plus tard sur « ces bâtards du showbiz», « ces fiottes de Français » , « ces enculés de patrons » et « ces abrutis de prolos », il passe la porte et l’air entendu concernant ses futurs projets d’intrigue ministérielle, me lance un dernier : « Hey Vaillant, scred’ hein ?! ».

       L’index pointé sur ma poitrine et lui clignant de l’œil, je lui réponds du tac-o-tac : « T’inquiète… »

ÉPILOGUE

           J’étais persuadé de le revoir la semaine suivante mais il n’est finalement repassé qu’hier, sapé d’un nouveau costard moins usé, pour me dire que sa lettre avait bien été étudiée par l’Élysée et que ses conseils, « enfin nos conseils, car tu m’as quand même bien aidé, je tenais à te remercier ! », avaient été entendus et suivis, mais pas entièrement, malheureusement… Il a déjà pris rendez-vous avec Marine Le Pen et compte bien recontacter les cadres de l’UMP lors du prochain gros meeting pré-Législatives. De toute manière, la semaine dernière, il a parlé avec Fillon qui est bien plus sympathique et authentique qu’il ne le paraît à la télé. Le nouveau pouvoir Socialiste n’a qu’à bien se tenir !

Révélations retentissantes !

•14 mai 2012 • Laisser un commentaire

          « Bonsoir Monsieur, excusez-moi, j’ai un petit souci… Je viens de craquer mon pantalon au niveau de l’entrejambe, je me demandais si vous n’auriez pas une agrafeuse ? »

          Entrée fracassante et déterminée d’un bonhomme bien bâti d’environ cinquante ans, attifé d’ un costard très moyen avec un gros trou au niveau des couilles. Je lui file l’agrafeuse tant désirée en me marrant. Il me demande où sont les toilettes, mais vu qu’elles se trouvent au sous-sol et qu’on évite d’y envoyer les non clients, je le guide vers le petit salon jouxtant la réception en lui demandant, toujours rigolard et pour la forme, puisque cela semble évident, s’il habite loin. Il commence à me répondre qu’il a vécu dans un appartement dans le coin, qu’il a également possédé quelques studios sur Paris. Sa tête me dit quelque-chose, je suis certain que ce type est déjà passé par ici…

Votre tête me dit quelque-chose…

         Le temps que la mémoire me revienne, le voila qui ressort et me confirme avec panache ce souvenir tout juste remémoré :  » Ah bah oui, ça les étonne souvent les gens, vu comme je suis bien habillé, que je sois à la rue ! « . En effet, ça m’avait surpris lors de son premier passage il y a bien un an ou deux, je lui avais indiqué les toilettes et nous avions bavardé cinq minutes avant qu’il ne s’éclipse car j’avais beaucoup de clients. Aujourd’hui Dimanche, l’hôtel est quasiment vide et l’invité surprise se pose tranquillement au comptoir pour regarder les journaux et tailler la bavette.

       Il est crevé et un poil alcoolisé ce qui rend parfois son élocution difficile. Nous devisons cependant avec entrain sur les élections toutes fraîches, le nouveau Président de la République mais surtout, sur l’ancien. Il est très intéressé par mon avis sur l’action des différents gouvernements de l’ère Sarkozy.

          « Tu sais, quand j’ai rencontré Nicolas à la Mairie de Neuilly, rien qu’à sa poigne,  j’ai tout de suite compris que le mec avait la hargne ! »

Check ça Barack !

           Je me disais bien aussi, un intime du Président sortant… Il veut faire un peu de Wikipédia pour voir qui étaient les derniers préfets de police de Paris et vérifier le pédigrée de certains hommes politiques… Il note quelques infos sur un bout de papier : âge, études, carrière pro et politique. Tout ceci est assez ludique mais je n’apprends malheureusement pas grand chose ayant pour habitude de me renseigner par des canaux bien plus factuels et documentés. Heureusement, mon clochard à bouton de manchettes à un scoop, du très lourd… Après que j’aie remis en cause l’amateurisme de certains ministres récents et l’apparent professionnalisme de certains autres, il lâche la bombe :

          « Après tout, je peux te le dire, les deux remaniements de gouvernement, sous Sarkozy, c’est moi ! »

           Comme à chaque annonce hors du commun d’un client ou d’un invité mystère (dans le même genre, j’ai déjà eu un mec des services secrets qui avait une puce implantée derrière l’oreille et qui était très ami avec Rey Mysterio , ou bien encore, la fille cachée  et camée de Sylvester Stalone), surement par jeu et curiosité, je ne hausse ni sourcils ni épaules et relance d’un candide « Ah oui ?! ». Cette fois-ci, ma fibre psy m’a permis d’apprendre d’incroyables choses sur la marmite politicienne Française, notamment de ce dernier quinquennat, petit florilège :

  1. Outre les deux remaniements ministériels pour contrer l’influence de Guaino, c’est également mon nouveau copain qui a conseillé le Président sur sa politique extérieure durant cinq ans ! Je ne me suis pas gêné pour dire tout le mal que j’en pensais (retour dans l’OTAN, multiples guerres menées pour les intérêts US etc) mais il m’a répondu qu’on n’avait pas le choix car il fallait niquer Al-Qaïda. Il a un peu les boules tout de même de n’avoir pas réussi « à faire l’UNESCO car Chirac lui, l’avait fait ».

  1. Restons sur Jacques, il serait, en fait, très copain avec Nicolas, leur rivalité n’étant qu’un mythe destiné à vendre du papier.

  2. « Attali est un baltringue », j’ai malheureusement oublié de lui demander ce qu’il pensait de BHL.

  3. En tant qu’ancien légionnaire, il a fait des trucs pas clair mais il ne peut évidemment pas m’en dire plus.

  4. La passation du pouvoir Présidentiel s’effectue dans un grand salon de l’Elysée, derrière le bureau du Président mais apparemment, c’est hyper confidentiel.

Top secret

            J’omets volontairement les autres tuyaux de premier ordre, à savoir qu’il connait et a serré la pince à une bonne partie de tout ce beau monde politique. Après quasiment deux heures de discussion, ce cher « informateur », c’est ainsi qu’il m’a défini son métier, a quand même fini par aller aux chiottes pour se passer un coup de flotte sur la gueule. Je n’ai pas répondu à ses perches lancées concernant l’éventuelle possibilité de squatter une chambre vide pour quelques heures. Ça se fait apparemment pas mal, il a un pote veilleur à Châtelet qui le dépanne assez souvent. M’ayant remercié de nombreuses fois pour les infos glanées sur le web et ne voulant pas trop abuser de mon précieux temps, il s’en va en me lançant « À Dimanche prochain ! ».

           Il est pourtant revenu bien plus tôt que prévu avec de nouvelles révélations retentissantes !

À suivre…

Numéro professionnel

•16 avril 2012 • 3 commentaires

          « Bonsoir, c’est encore moi, je vous prie de m’excuser, j’aimerais toujours parler à Monsieur Danielson, chambre 116.

             – Désolé Madame, cela sonne encore occupé… »

           Déjà quatre fois que je l’ai au téléphone sans parvenir à transférer son appel. Elle a une jolie voix et parle très bien le Français avec un très léger et délicieux accent de l’Est. Ce n’est pas le cas de son futur interlocuteur qui m’appelle à son tour :

             « What’s the problem with my phone ?

             – Heu… I don’t know sir… »

Mathusalem phone

           Je finis par monter pour lui filer le combiné de la chambre voisine, il a moins la classe en T-shirt et slibard qu’avec sa veste à carreau typiquement british. Ils étaient bien sapés quand ils sont rentrés puant la tise, tout à l’heure, les frangins Danielson… Si c’est  bien leur vrai nom ! Selon mon collègue de jour, les mecs ne sont pas clairs. Ils ont passé la journée à faire des aller-retours avec des paquets sous le bras et à recevoir d’autres types louches pour parler sérieusement dans le salon de l’hôtel, ça a même chauffé un poil ! Mon collègue n’en menait pas large apparemment…

            La nana rappelle et s’excuse de me déranger à nouveau, je peux enfin lui passer la chambre 116, on rigole un peu de la situation. Une grande asiatique fait son entrée, elle a l’air complètement paumée et cherche la chambre 215, c’est pour l’autre frère… Étonnamment, elle est habillée très sobrement, pantalon difforme et gilet trop grand mais elle trimbale un énorme sac à main qui doit certainement contenir quelques tenues plus affriolantes ou d’autres trucs louches pour les voyous.

« Tu t’habilles chez qui ? »

          Nouveau coup de fil de ma copine au doux accent, le ton est plus grave et professionnel ce coup-ci :

              « J’aimerais vous demander un petit service…

              – Dites-moi ?

            – En fait, je suis escort (au cas où je n’aurais pas compris !), je vous appelle pour vous dire que je ne viendrai pas pour le client de votre hôtel, il n’est pas normal…

             – Ah ?

            – Oui, il ne veut pas donner de numéro de téléphone, il n’est pas clair quant aux prestations demandées, je ne travaille pas comme ça, il n’est pas net…

             – Mmmm…

            – Si vous pouviez lui dire qu’en France, ce n’est pas la manière de procéder avec les escorts, qu’il  faut se comporter autrement ou que vous appellerez la police.

             – Oulah ! Ce ne sont pas vraiment mes affaires, ça…

           – Non mais je vous le dis car il a une attitude bizarre et m’a demandé des choses… Je crois qu’il est fou ! Vous comprenez, j’ai un peu peur qu’il fasse venir une autre fille et que ça se passe mal, ça ne serait pas très bon pour vous et vos clients.

L’habit ne fait pas le moine

         La semaine commence bien ! Je remercie la pute pour sa prévenance et lui souhaite une agréable soirée après qu’elle se soit encore très poliment excusée de m’avoir dérangé. J’aurais bien continué à papoter avec elle, pour mieux la connaître, la faire rire un peu et tenter de choper son numéro perso mais elle semblait pressée. Elle a sûrement mieux à faire que de combler mon ennui de nuit. Nous bossons tous deux au clair de Lune mais pour elle qui a un vrai boulot, ça ne chôme pas !

        Ce cher Danielson descend, il s’est rhabillé n’importe comment, il sort une quinzaine de minutes et à son retour, l’air ravi, me salue à la façon des gendarmes. Je lui rends le geste en me marrant : « Good night ! ». Il a une grosse trace blanche sur le menton, je crois bien que c’est de la poudre…

La C est à présent parfaitement démocratisée

          Je m’en doutais, une nouvelle nana fait son apparition à l’entrée, une petite blonde très mignonne et super gaulée, elle grimpe direct au premier. C’est l’heure de vérité, redescendra-t-elle immédiatement pour fuir le  présumé grand malade ou bien, beaucoup plus tard dans la nuit, traumatisée à vie par d’étranges pratiques ? Redescendra-t-elle seulement ? La parano m’assaille, peut-être est-elle envoyée par un gang ennemi pour la lui faire à la Richard Descoings ? J’ose espérer que rien d’extravagant n’arrivera sous ma responsabilité si rarement sollicitée…

          À peine une heure plus tard, la revoilà tout sourire,  une petite bouteille de champagne à la main, n’ayant fait apparemment qu’une bouchée du terrible Danielson… Elle me demande en Anglais si je peux lui appeler un taxi. Je m’exécute en la reluquant réajuster sa coiffure et boire au goulot.

Tétée de champagne !

               « Mmm… You want some ?

              – Raf ! I love champagne but i can’t during my work, you know… If i begin to drink now, i’m going to sack the bar all night long ! In another life, maybe ?»

              Elle éclate de rire, ses beaux yeux bleus sont fatigués, elle est complètement défoncée. Elle garde cependant sa démarche fatale de redoutable canon pour rejoindre le canapé du salon. D’où je suis, je n’aperçois plus que son regard au dessus de la ligne d’horizon formée par le comptoir. On se jette quelques coups d’œil souriants… Lorsque arrive son taxi, elle revient à la réception et y dépose un petit bout de papier avant de me lancer, faisant mime de trinquer avec sa bouteille bientôt vide :

               « C’est mon numéro personnel… Appelle-moi !»

             Le français lui va aussi bien en bouche que le champagne et tout comme son homologue méfiante du téléphone, elle a ce très léger et délicieux accent de l’Est.

Joyeux Anniversaire !

•6 avril 2012 • 2 commentaires

          « Vous savez ce que ça veut dire ça ?! Regardez ! »

       Ah ! Il se passe enfin quelque-chose cette semaine, je m’empresse donc de déchiffrer l’étiquette sur la petite bouteille : Armagnac Laubade 1962. Les deux comparses reviennent du resto d’en face où ils ont leurs habitudes, ils sont complètement rôtis !

          «  Voilà, ça veut dire 50 ans ! 

          – C’est aujourd’hui, vraiment ? Joyeux anniversaire alors ! »

Laubade, plus fin que la lingerie…

          Il est deux heures du matin, je venais juste d’éteindre les lumières et m’apprêtais à aller dormir mais les deux buveurs insistent pour s’en jeter un dernier au bar. Ce sont des habitués plutôt sympathiques, j’accepte à condition qu’ils ne fassent pas trop de bruit car l’hôtel est complet. En digeo, par contre, je n’ai plus que du cognac, ils râlent un peu mais ça fera l’affaire, au point où ils en sont…

          Je leur sers deux bonnes doses et leur laisse à disposition la fin de la bouteille en espérant qu’ils me payent aussi un coup. Peine perdue, ces cons n’y pensent même pas ! J’aimerais pourtant beaucoup, moi aussi, m’arroser gratuitement le gosier du cognac de l’hôtel ou qu’ils me fassent goûter de leur fameux breuvage âgé, avant que je n’aille m’étendre sur le canapé, ça m’aiderait à trouver le sommeil…

Le sommeil du juste

          Légèrement vexé, je vais m’en griller une devant l’hôtel pour passer le temps… De retour à la réception je les entends taper du poing sur le bar. Ça parle fort, ça parle taf : leur carrière dans l’agence, le pognon qu’ils ont fait depuis vingt ans, la maison de leurs rêves pour la retraite à venir… Parfaitement inintéressant, donc… Heureusement que celui dont c’est l’anniversaire lâche régulièrement de vilains pets foireux, cela stoppe leur conversation de merde et les fait rire comme des gamins ! Moi aussi, du coup… Je ris.

          De retour devant moi, ils déconnent à plein tube !

          « Qu’est ce qu’elle a écrit la garce sur l’étiquette ?! « Mon cher Oliver, pour tes cinquante ans… »

          – Roh !  « La garce », tu parles… Tu voulais la sauter tout à l’heure ! »

          Faut dire qu’elle a la cote la patronne du resto d’en face, tous les habitués y vont pour elle, comme dans la chanson de Bernard Dimey, sauf que son mari, lui, il le sait très bien et a déjà tapé, parait-il, de sacrées crises de jalousies en plein service !

You wanna fuck my wife ?!

         Ils sortent pour fumer une dernière clope et, comme de vieux clodos dégueulasses ou de jeunes racailles sans-gêne, crachent leurs glaviots chargés d’alcool juste devant l’entrée. Ils ont peine à marcher quand ils reviennent à l’intérieur, ils m’attendrissent, on dirait moi durant les fins de soirées de mes fins de semaine… Une dernière requête, ils veulent que je leur programme le réveil pour 7h30, c’est qu’ils ont une dure journée de boulot qui les attend, les vieux. Respect.

         Je me fais une promesse quand ils s’engouffrent dans l’ascenseur en s’étreignant virilement pour réaffirmer leur historique amitié : si je suis toujours à ce même poste de vaillant veilleur pour mes cinquante ans, je sifflerai à leur santé une bonne bouteille d’Armagnac Laubade 1984.

L’âge de raison

Psychose 3 étoiles

•27 mars 2012 • Laisser un commentaire

          « Désolée pour cette nuit ! Tu as bien fermé la fenêtre de la salle de réunion ? », voici la première phrase de Cassandre au matin du 22 mars, elle arrive toujours la première car elle s’occupe de la cafétéria. Je lui réponds par l’affirmative et qu’elle a bien fait de m’appeler, même à 23h30, car je sentais un courant d’air sans comprendre d’où il venait…

Kalash Hôtel

        « Non mais j’ai pris peur car avec la fenêtre ouverte, j’ai pensé, tu comprends… Avec Al-Qaïda qui peuvent venir de partout ! ». Elle était parfaitement sérieuse. Je me suis contenté de sourir en lui répondant qu’avec moi dans l’hôtel, les vilains terroristes ne risquaient pas de s’approcher, « T’es vraiment marrant toi ! » m’a-t-elle lancé en riant de bon cœur, ouf, j’avais réussi à détendre un peu cette grande anxieuse avant qu’elle n’attaque sa journée. Là-dessus, une autre femme de chambre est  arrivée, également paniquée par la situation : « Ça y est, ils l’ont arrêté !? », « Tu te rends compte ?! On peut se faire tuer n’importe où par n’importe qui, on ne sait pas qui on a en face de nous ! ». Ça m’a bien démangé mais j’ai renoncé à me lever pour mimer le cow-boy qui sort un colt de sa ceinture, la panique est déjà bien costaude,  je ne vais pas non plus pousser les collègues à l’infarctus…

Bang Bang !

          Malheureusement, ça n’est surement qu’un début. On nous présente Mohammed Merah comme un envoyé spécial d’Al-Qaïda qui aurait accepté une « mission France » et accessoirement, un grand bavard avec les flics (quand il n’est pas affairé à les mitrailler au uzi). Ce type va faire trembler dans les chaumières pour un sacré bout de temps, au moins jusqu’à la fin des élections. Ratatatata ! Sept exécutions sommaires sans fioritures ni sentiments : un militaire lors d’une vente de scooter, deux autres devant un DAB et quatre civils Franco-Israëliens, un rabbin et trois enfants, à l’entrée d’une école juive. Étrangement, il a fallu attendre cette dernière tuerie tragique pour que le cirque médiatique ne s’emballe, que les politiques ne s’émeuvent et que les recherches ne s’activent (et qu’on nous parle, après coup, de l’origine maghrébine ou antillaise des militaires, ce qui ne semblait pas être une information majeure auparavant). Ces abominables massacres ont été perpétrés par un fou, afin de venger, nous dit-on toujours, ses frères Moudjahidines Afghans tombés sous les balles et bombardements de l’Armée Française et les enfants Palestiniens pulvérisés par les frappes ou brûlés par le phosphore blanc de Tsahal. Passons sur la présumée personnalité très compliquée du présumé meurtrier, que l’on nous décrivait, avant sa mort, tantôt comme un charmant jeune homme discret et serviable tantôt comme un zinzin fini hyper-violent et attardons-nous plutôt sur ce que nous savons vraiment de lui, c’est à dire, rien. Étonnant, en effet, de voir la quasi totalité des médias reprendre en cœur toutes les informations, tant bien sur les tueries, l’étrange parcours international de Merah ou l’assaut chaotique du RAID sans soulever plus de question, alors qu’elles ne proviennent que d’une source unique, qui peut éventuellement être tenue par un sacré secret professionnel (celui d’État) : le Ministère de l’Intérieur.

Guéant ment, Guéant ment, Guéant est Français.

          Six jours ont passé depuis et les nombreuses contradictions et zones d’ombre concernant cette étrange affaire émergent peu à peu. Que penser des déclarations du patron de la DCRI sur ses rapports avec le meurtrier et les curieux déplacements de ce dernier à l’étranger ? De la critique qu’a formulé l’ancien commandant du GIGN par rapport à l’opération menée par le RAID ? De l’arrêt de la campagne présidentielle et de la remontée spectaculaire de Sarkozy dans les sondages ? Je le disais ici il y a quatre mois concernant notre cher Président : « s’il est réélu, c’est qu’il a encore de bons jokers dans sa manche communication et surement d’autres tours  moins avouables dans son barda DCRI. » Les deux, mon capitaine ? Je ne préfère pas y penser, sinon, comme mes collègues femmes de chambres traumatisées par la « menace Al-Qaïda » avec laquelle on nous rabâche les oreilles depuis plus de dix piges, je suis également bon pour la psychose, une psychose 3 étoiles mon général !

La bonne blague !

•29 février 2012 • 2 commentaires

«Y’a une masseuse qui va venir me voir un peu plus tard !

– Vous faites bien de me le dire, sinon, j’aurai cru qu’elle venait pour moi !»

J'vais t'en foutre des massages !

          Seulement la troisième et déjà dernière nuit de la semaine mais je ne pète plus du tout le feu. Je réponds comme je peux avec un semblant de répartie et un léger sourire à cette blague déjà entendue mille fois avant que le client solitaire ne s’engouffre dans l’ascenseur. Cette fois-ci, pourtant, l’original plaisantin est affublé de deux comparses, dont un, également très rigolo, puisqu’il a immédiatement relancé la boutade d’un « On appelle çà un DSK !». Désarçonné par l’absence de rire de ses deux collègues et ma  moue désappointée, il s’est senti obligé de répéter, « On appelle çà un DSK !», un poil lourd… Je pardonne néanmoins volontiers à ce joyeux trio de commerciaux provinciaux, il approchent de la retraite. Souvent accompagnés par deux ou trois autres gais lurons, la seule chose dont je sois sur à leur sujet, c’est qu’ils rentrent toujours les joues bien rouges et l’œil brillant : complètement rôtis !

Mes clients sont excellents !

          Ce n’est pas moi qui vais blâmer cette fine équipe ! Ils ont bien raison de se gaver aux bonnes tables du coin sur les dernières notes de frais de leur carrière. Reste à savoir s’ils se la collent autant au déjeuner pour mieux digérer les négociations et réunions de l’après-midi. Sont-ils aussi drôles avec leurs secrétaires, leurs clients et leurs autres collaborateurs ?
Il y a quelques mois, un des larrons, sûrement le même, avait déconné sur la possibilité que je me sois trompé de clé :  «Hé hé ! J’espère que c’est la bonne, si je tombe sur une jolie brune dans une autre chambre, vous imaginez ?! Hé hé !». Certainement la blague la plus récurrente pour un veilleur de nuit, «Hé hé !», en effet.

          La meilleure reste la fois ou cette même clique, après une excursion plus tardive qu’à l’habitude, a voulu me laisser le plus aviné d’entre eux à la réception : «Il n’a qu’à dormir devant l’entrée, il fera le chien de garde !».

Le clebs veut son digeo !

          Je vous rassure, j’ai également des clients authentiquement drôles et dotés d’esprit, malheureusement, j’ai beaucoup de difficulté à retenir les bonnes blagues, la preuve :

Une belle Italienne se présente au milieu de la nuit à la réception de l’hôtel. Vaillant Veilleur lui demande alors :

 » Vous avez réservé ? Puis-je avoir votre nom s’il vous-plaît ?

– Mara Carfagna !

– Pouvez-vous me l’épeler ?

– Maaaaa ! Toi aussi tou me plé boucou « 

Merci, bonsoir !

"Ciao Vaillanto !" : Madame Carfagna a adoré son séjour